Mon nom est Mylène Flicka et je souffre du syndrome du premier de la classe. Cela fait quelques mois que j’ai réussi à mettre le nom sur cette maladie qui me paralyse, et me retient à tout essayer. Aujourd’hui, j’ai décidé de vous raconter mon combat. Voici mon histoire. 

D’aussi loin que je me rappelle, j’ai toujours été parmi les meilleurs de ma classe sinon la meilleure. C’est cela qui a défini une bonne partie de ma vie. Encore hier, je disais à ma petite sœur qui m’annonçait ses résultats scolaires, qu’il valait mieux être premier de sa classe. 

Cette course à la plus forte moyenne, à l’excellence fait partie de qui je suis. J’en ai toujours tiré une grande fierté, car à défaut d’être la plus belle ou la plus sage, je me réjouissais d’être la plus intelligente de la salle. Pourquoi ? Parce que c’est ce que je suis. Une fille qui aime lire, apprendre et par dessus tout avoir les meilleures notes. Je ne le faisais pas forcément pour me comparer aux autres et avoir sur eux quelque supériorité que ce soit. J’aimais – j’aime être Primus inter pares. I’m a nerd and I’m proud of it. 

Je suis la parfaite caricature de la fille aux lunettes, grosses dents assise au premier rang, avec le sac lourd de livres, qui lève souvent le doigt pour poser des questions, interagi avec les professeurs, donne le corrigé type au tableau, le visage sali par la craie, aide ses camarades à comprendre certaines notions, est plébiscitée par l’administration et qui par dessous tout, a pleuré quand elle a eu 7 en philosophie. 

2013 – ENAM

C’est ce que je suis. Parfois, on m’a rejetée pour cela. Mais cela n’a jamais cessé d’être mon identité, même quand j’ai fini le lycée, dans le top 3 national de ma série. Je me disais qu’avec cette soif à l’excellence, je m’en sortirais toujours. 

Mon père m’a dit : Ceux qui vivent sont ceux qui luttent. Et pour moi, j’avais les bonnes armes et j’étais sûre que cela me suffisait. Sauf que nenni. Cela m’a suffit jusqu’à un certain point, essentiellement à l’université quand je râlais sur mes 16 de moyenne, à m’en vouloir de ne pas avoir eu plus que ça. Cela m’a aussi suffit quand j’ai lancé mon premier blog, à écrire des textes bien pensés, pertinents pour partager mes convictions, raconter mes histoires. Cela m’a aussi suffit quand j’ai lancé Irawo, pour conceptualiser l’idée qui allait me lancer dans une aventure de strass et d’étoiles. Cela m’a suffit pour les deux premières années, à produire des contenus de qualité, reportages ou micro-trottoir, quand il a fallu écrire l’histoire de l’amazone derrière Nanawax ou celle de l’homme qui rend riche. Cela m’a suffit pour former une équipe, pour apprendre comment monter un média digital à impact. 

Pendant 2 ans, être une première de la classe a été mon atout. Aujourd’hui, c’est l’un de mes défauts. On m’a souvent dit qu’après l’école, les bonnes notes ne servent plus à rien. Je réalise à quel point c’était vrai. Surtout dans le domaine de l’entrepreneuriat.

Je ne comprenais pas encore totalement cette vérité. Mais je savais au fond de moi que prendre ma vie en main dans ce dehors cruel – où il n’y a ni papa ni maman pour te prévenir des dangers – allait me demander plus que de bonnes cases à cocher. 

Cela fait bientôt 4 ans que Irawo propulse les talents Africains, et la plus grande retombée que j’en retiens pour moi, c’est que ça m’a obligée à apprendre. Je grandis avec ce média. Et inversement, il grandit avec moi. Puisque j’ai accepté ce lien quasi incestueux qui nous lie, je réalise qu’une grande partie de son succès dépend aussi de ma capacité à prendre les bonnes décisions et à agir quand il le faut. Ainsi, j’apprends à garder la tête froide et à reconnaître mes défauts. Sans ça, je ne pourrai pas travailler sur eux, et en grandir. 

Cela fait bientôt 7 ans que j’ai eu mon Baccalauréat. Et voici les 5 leçons que j’ai apprises, résumées en une seule : Être premier de la classe, c’est bien. Mais les qualités qui en font un, ne sont pas suffisantes pour réussir dans la vie. 

I’m a nerd and I’m proud of it.

1- A l’école, on apprend puis on teste. Dans la vie, on teste puis on apprend…quand on est vif

En réalité, il est très facile de donner les bonnes réponses quand on a déjà un cours bien élaboré au chaud dans son cahier. L’école n’a jamais été dure pour moi, même quand tout le monde criait aux holà. C’était un jeu, car il n’y a rien qu’on ne te demande que tu ne sais déjà. Dans la vie…eh bien, ça ne se passe pas forcément ainsi. Car tout ce que tu sais, c’est que tu ne sais rien. Et personne ne le sait non plus.

J’ai refusé de suivre le chemin classique : stage – CDD – CDI – retraite – mort. ( 😅) C’est le chemin “stable”, éprouvé par nos parents et évangélisé par la société. J’ai décidé de suivre un chemin plus tumultueux, qui vient avec un défi unique : il est inédit. Pour trouver mes réponses, je dois les chercher plus loin que dans mon entourage immédiat. La quête des Irawos est aussi ma quête personnelle de modèles d’inspiration différents de “l’establishement”. Je me retrouve très souvent perdue, face à une situation épineuse, car il n’y pas de cours d’où puiser les réponses.

Être premier de la classe, c’est bien. Mais les qualités qui en font un, ne sont pas suffisantes pour réussir dans la vie. Click To Tweet

Heureusement qu’il y a Google, et les livres, et les histoires des autres autour du monde. Mais cela ne suffit pas toujours, car les problèmes qui se présentent dépendent d’un contexte. Ce contexte comprend ma situation personnelle, mes objectifs, mes moyens, mes peurs, ma marge d’exécution et ma cible. Chaque information doit être adaptée à mon contexte. Les success stories sont des captures subjectives. La vérité c’est qu’il y a des “pattern” mais aucun n’est “la bonne réponse pour moi”. Ma bonne réponse, il faudra la chercher.

Les success stories sont des captures subjectives. Click To Tweet

Alors, des épreuves se présentent à tout va. Mon cerveau de premier de classe a dû apprendre à ne pas chercher la bonne réponse, mais à essayer suffisamment de choses pour voir ce qui marche le mieux. Ce qui m’amène au point 2.

2- A l’école, on doit trouver la bonne réponse en éliminant les mauvaises. Dans la vie, on épluche toutes les réponses.

L’entrepreneuriat n’est pas une science exacte. Il n’existe pas un guide précis pour savoir quoi faire exactement. En Juillet 2018, j’ai rencontré un entrepreneur américain qui avait investi dans l’immobilier, et qui aujourd’hui, bâtissait un hub pour accueillir les innovations. Il nous a partagé son expérience, de plus d’une soixantaine d’années. A 9 ans, il savait déjà ce qu’il voulait faire de sa vie et il l’a fait. C’est lui qui m’a fait réaliser l’un de mes principaux défauts de première de classe. Il nous a dit ce jour-là :

  • Le succès est artificiel, ce qui compte pour moi c’est d’avoir essayé. J’ai déjà mon épitaphe prête, et il compte deux mots “I try”.

C’est là que ça m’a frappé. Je n’essaye pas assez, je cherche toujours la bonne manière de faire les choses. Je cherche toujours la bonne réponse, celle qui marquera le plus de points. De ce fait, je me limite moi-même à quelques options, ce qui m’empêche de voir “the big picture”. Entreprendre ce n’est pas trouver la bonne réponse. C’est essayer.

Entreprendre ce n’est pas trouver la bonne réponse. C’est essayer. Click To Tweet

Avec Irawo, beaucoup de nos idées sont passées à la trappe pour cette raison. Soit elles n’étaient pas suffisamment bonnes, soit elles étaient trop simples, soit ne rapportaient pas assez. J’ai longtemps bridé mon potentiel et celui de mon équipe en pensant forcément à “faire la bonne chose”. Ce dont ça dénote, et dont je ne me rendais pas encore compte, c’est d’une peur effarante de l’échec. En réalité, je n’ai jamais connu l’échec. Je n’ai jamais échoué en classe, pour moi l’échec c’est d’avoir 15 de moyenne en classe ou d’être 5ème. La preuve, j’ai fait une dépression en 1ère année pour cela. Pour moi, l’échec c’est ne pas finir avec le gars que je convoitais. Je ne pense pas avoir connu l’échec comme on l’entend généralement. J’ai raté plusieurs concours et prix, mais quand j’y pense…l’échec cuisant, je ne le connais pas.

Ainsi, j’étais paralysée par la peur de l’échec en ne réalisant que les idées avec les plus grandes probabilités de succès. Paradoxal…ou pas. Le syndrome du premier de la classe c’est chercher à avoir tout bon. A ce niveau, j’ai aussi dû accepter l’échec non plus comme un témoignage de nullité mais comme une partie de l’apprentissage. Oui, dans cette vie, il faut apprendre à échouer en essayant beaucoup de choses. Nous devons apprendre à échouer, à accepter cela comme faisant partie du processus. A l’école, on plébiscite le premier de classe mais peut-être qu’on devrait plutôt encourager celui qui trouve divers chemins, sans juste se limiter aux “bons”.

De même, parce que je suis très jeune, et que la pensée populaire m’oppose l’expérience de l’âge, je me dois d’essayer le plus possible. Je pense fermement que l’expérience n’est pas tributaire de l’âge mais de la quantité de choses essayées. Un adulte de 45 ans aura beau avoir plus vécu que moi, si j’ai essayé plus de choses que je lui, je le bats en expérience. L’âge n’apporte pas forcément la maturité. C’est l’action et la pensée qui déterminent l’individu. Pas le nombre d’années passées sur terre.

Oui. L’échec est une fierté. Je pense également que dans tous les chemins, il existe une part de bon et de mauvais. Peut-Être qu’aujourd’hui cette solution n’est pas adaptée mais parce qu’on l’a testée, on la connait désormais. Cette connaissance là est la plus grande richesse de l’échec. Aujourd’hui, il ne s’agit plus pour moi de prendre les bonnes décisions ou d’appliquer les bonnes idées. Aujourd’hui, j’essaie, j’échoue, j’apprends et je recommence. Car ce qui compte le plus, ce n’est pas la destination. C’est le voyage.

« Je n’ai pas échoué. J’ai simplement trouvé 10.000 solutions qui ne fonctionnent pas. »

Thomas Edison

3- A l’école, ce qui compte c’est le résultat. Dans la vie, ce qui te forge, c’est le voyage

Passer en classe supérieure avec de bonnes moyennes est le destin d’un premier de classe. Sa vision s’arrête là car son objectif c’est cela. Même si le succès d’un entrepreneur se constate dans ses chiffres, dans son niveau de vie et tutti quanti, sa véritable richesse est dans le parcours d’expérience qu’il s’est créé.

J’ai longtemps été obnubilée par mes moyennes de fin d’années. L’école est l’éternel recommencement d’un passage à l’autre. Au BEPC, avoir de fortes moyennes pour choisir sa série. Au BAC, avoir de fortes moyennes pour obtenir une bourse et choisir sa filière. Evidemment, avec Irawo, il m’a fallu définir des objectifs SMART. Comme atteindre le million de vues ou d’abonnés, ou produire suffisamment de cash pour payer les salaires. Le résultat c’est le profit. Mais c’est aussi la personne produite.

Lorsque j’ai voulu appliquer ma mentalité de première de classe à Irawo, j’en ai recueilli beaucoup de frustration. À vouloir être obnubilé par mes résultats, j’ai fait un burn-out, épuisé mon équipe sans pour autant satisfaire les lecteurs. Tout cela à commencé quand les médias internationaux se sont pris d’intérêt pour notre incroyable chasse aux talents Africains. Tous les journalistes ne semblaient intéressés que par une chose : Quels sont vos chiffres ? L’impact, on s’en foutait; qu’Irawo transforme la vie des jeunes, okay mais combien d’argent gagnez vous ?

Un Gaou à Paris. C'est la première que je me retrouvais face à des médias qui s'intéressaient à Irawo.

J’ai très vite compris que la légitimité de notre média reposait énormément sur les chiffres, en tout cas aux yeux de cette opinion publique. J’ai appris à présenter Irawo par des chiffres, à adopter le langage économique. Oui, on a atteint un million de personnes dans 118 pays au monde. Mais ce n’était pas tout.

À un moment, tout ce qui comptait à mes yeux c’était combien d’articles on devait produire, pour avoir suffisamment de visiteurs uniques par mois. Je visais le million. Yeah, primus inter pares. Je vous l’ai dit. 

Contrairement à des médias réputés, on n’avait pas de financement, à part les sous que j’engloutissais dans cette chasse aux talents. En fait, la logique voudrait qu’on soit riche pour créer ou soutenir un média. Moi, j’avais que dalle et je voulais créer un média. C’est la réalité que j’ai choisie. 

Il fallait également ôter à Irawo, cette image de blog personnel. Car ce n’en était plus un à partir de 2016. Irawo est un média qui propulse les talents Africains. Je ne voulais pas le dire, je voulais le montrer. Solution : faire fonctionner la planche à articles, pour être à la hauteur des gros médias qui partagent 3-7 articles par jour. Evidemment, la iRédac, ( la Rédaction de Irawo ) n’avait pas encore cette capacité-là. Mais on pouvait produire un article par jour. Irawo News était né.

On l’a fait de 2017 à 2018. On l’a jusqu’à en perdre la passion d’écrire. Tout ce qui comptait à mes yeux c’était ce message de Wordpress : “Vos statistiques sont en hausse ! Irawo attire beaucoup de monde”. Résultat : On a attiré beaucoup de monde, mais saturé le cœur de notre audience.

Nos abonnés ne lisaient plus nos articles, il y en avait trop. Cette course effrénée aux chiffres m’a personnellement apporté burn-out et syndrome de la page blanche. Je n’étais qu’une machine désormais, au service de mes chiffres au point d’en avoir oublié la richesse même de Irawo : Nos abonnés. 

Au premier Irawo Meetup, où nous avons rencontré pour la première fois en vrai la Big Team Irawo

La Team Irawo, elle-aussi en a pris un coup. Epuisement et lassitude. Alors, on a pris du recul. On est revenus en Septembre 2018 avec une formule inédite avec plus d’impact : Les semaines créatives.

La Team sera en direct ce dimanche sur Facebook. Venez nous suivre !

 

Le but n’était plus le résultat quantitatif mais la qualité et l’interaction. On a diversifié nos contenus pour mieux répondre aux attentes de notre #BigTeamIrawo : notre audience, notre famille.

Cette semaine, j’ai épluché les candidatures pour intégrer la Team Irawo. Quelqu’un a écrit ceci :

J'idéalise tellement Irawo que quand que quelque chose ne tourne pas rond chez Irawo, je vous en veux un peu parce que je me dis, au finish, Irawo me ressemble. Irawo a des faiblesses. Mais au fond c'est aussi ça le but n'est-ce pas ? Un média qui inspire ET RESSEMBLE aux jeunes.

Oui, c’est ça le but. Notre leitmotiv c’est de vendre nos imperfections. Pas d’être parfaits. C’est un défi et une marque de fabrique. Alors, oui, la destination est très importante et nous avons une vision pour Irawo.

Mais nous avons aussi réalisé que Irawo nous transforme nous-mêmes, en tant que membres de l’aventure. Nous sommes l’équipage de ce navire à la quête des “One Piece” de notre génération. Nous n’avons qu’une seule prétention : celle d’être suffisamment fous pour oser le faire. 

A mon cerveau de première de classe, j’ai dû suppléer un autre cerveau : celui d’une warrior qui apprécie l’aventure. Irawo est une aventure. Qu’on réussisse ou qu’on échoue, cette aventure aura des retombées. On essaiera tout pour y arriver. On va y arriver parce qu’on y arrive déjà par le simple fait qu’on vit cette aventure.

This is our journey and we gonna make it count !

 

4- A l’école, on a pas besoin des autres pour réussir. Dans la vie, on doit fédérer autour de soi les bonnes personnes.

Le succès d’un navire, c’est son équipage. Au départ, je refusais toute idée de leadership dans la Team Irawo. L’autorité était horizontale. Je déteste quand on m’appelle “Chef” ou autre acabit du genre. J’incitais les nouveaux venus à intégrer cette idée : “ Je ne suis pas ton chef, je suis ton coéquipier. Le seul chef, c’est Irawo. Irawo est au-dessus de tout. Si je zaille, tu me remontes les brettelles.”. 

J’aime dire que j’ai la chance d’être dans la Team Irawo, car l’ensemble que nous formons est un cercle vertueux et bienveillant, qui fait des erreurs mais reste soudé. Dans ma chambre, il y a ce poster de la Team Irawo. La Team Irawo est l’une des réussites de Irawo. 

Pourtant, quand on me connait, ce n’était pas aussi évident que cela. Je n’ai jamais été quelqu’un de très sociable, je ne le suis toujours pas. J’ai du mal à me faire des amis, je suis sélective comme un collège cardinalice. C’est mon ami Jean-Morel qui m’a appris à rigoler. D’abord, il est très drôle. Mais il m’a apporté quelque chose pour lequel je lui en serais toujours reconnaissante : Il m’a appris à me détendre. 

La plupart des rumeurs sur moi disent que je suis arrogante, snob, trop sérieuse, pas amicale et que je fais peur. Mais les personnes qui les colportent ne me connaissent pas. Enfin, pas entièrement. Au début, ça m’énervait qu’on s’attarde sur mon côté intellectuel pour prétendre que j’étais arrogante. La vérité c’est que je suis un peu de tout ça. Je le reconnais. 

A l’école, béninoise ( ici la précision est de mise ), en dehors de quelques projets de groupe épars, on se la joue solo. Les notes reflètent le niveau personnel, un point barre. Même si j’éprouvais beaucoup de plaisir à partager mes notes à mes camarades ou à leur expliquer certaines notions, je n’ai pas appris à fédérer une communauté à l’école. Même quand j’étais responsable de classe, parfois contre mon gré, la notion d’équipe était ce que je comprenais le moins. Pour ne pas dire, que je ne la connaissais pas. 

En 2016, j’ai rencontré Mawunu sur Snapchat – aka je l’ai suivi pendant des mois, découvrant ses passions, et ses idées. Nous partagions la même vision. Quand j’ai appris qu’il rentrait à CTN, c’est donc naturellement que je lui ai proposé de diriger la Web-tv de Irawo.

C’est après l’interview de Nanawax, et les frissons que son histoire a noué en nous 3, que la Team Irawo est née. Dès lors, j’ai appris ce qu’était une équipe.

Une équipe c’est un vivre-ensemble qui exige de l’humilité, du respect pour l’autre, l’acceptation de toutes les idées sans jugement, la bienveillance, des valeurs fortes et bien entendu la patience. 

Un premier de classe recherche SA forte moyenne, SA place. Un capitaine recherche l’harmonie de l’équipe et un travail bien fait à travers l’organisation. Une équipe est une construction. Elle repose sur la vision, mais s’articule au quotidien.

J’ai fini par accepter mon rôle de capitaine de la Team Irawo, capitaine est le seul titre que je tolère car il me rappelle Mon Capitaine. En tant que capitaine, il m’a fallu décider de quelle manière organiser la Team.

J’ai choisi l’empathie, la rigueur, la franchise et l’excellence. Pour le moment, je travaille encore à être digne de la Team. Surtout sur ma patience, mon vieux démon. J’ai fait miennes les paroles de l’Iron Heart, Kiyoshi Teppei  ( anime Kuroko No Basuke). 

On ne se soutient pas mutuellement parce qu’on est une équipe. On est une équipe parce qu’on se soutient mutuellement.

Bien des fois, j’ai abandonné mon rôle, fui mes responsabilités, par action ou par absence. La Team Irawo était là pour moi. Il arrive que l’un de nous tombe malade, soit occupé ou juste préoccupé, il y aura toujours quelqu’un pour le backer. Un pour tous, tous pour un n’a jamais été aussi vrai. 

Marilyn s’occupe d’Instagram, c’est la perle, Eyram danse avec Facebook, c’est l’espiègle. Jean-Romuald est l’ancre. Mawunu, le couteau-suisse. Mauriac est la bulle à idées. Ken est le pinceau des dieux. Ivana est une Eureka, et Carine une force tranquille. Freeda pétille d’action, Ludovic apporte la différence. Alexis vient de nous rejoindre, c’est celui qui brise les murs sans jamais se décontenancer. Aldrich est le pragmatique invétéré, tandis que Mohammed est l’efficacité personnifiée. Maurel y va molo et bien, S’aida a la frénésie de faire. Mélaine est résiliente et vive. Annick est divine, sur Twitter et en com. Charlène assimile vite, l’anglais c’est sa tasse. 

De ce fait, ce qui lie la Team Irawo c’est Irawo mais quelque chose encore plus au dessus de ça. Nous sommes une famille qui nourrit le même rêve, roule à la même came et travaille pour la même cause. Ça on ne vous l’apprendra pas à l’école. 

5- A l’école, il y a un pattern de cours à suivre. Dans la vie, tu créés ton propre programme.

L’école est un corpus de connaissances, définies par des gens souvent morts depuis des décennies pour outiller l’individu face à un monde dépassé. Peu de systèmes éducatifs sont adaptés au monde actuel. L’homo sapiens sapiens de 2019 vit un monde en constant changement, qui requiert de lui une intelligence émotionnelle mais aussi bien économique.

Quand nous finissons nos études, nous avons la plus grande désillusion qui soit. Même si nous avons passé une vingtaine d’années à muscler plusieurs parties de notre cerveau, nous nous retrouvons souvent hagards car ce qui est attendu de nous dans le monde professionnel est à mille lieues de ce que l’on attendait de nous à l’école. La raison de cette désillusion est simple : On nous a vendu l’école comme le moyen suprême de trouver sa place dans le monde. 

L’école est un corpus de connaissances, définies par des gens souvent morts depuis des décennies pour outiller l’individu face à un monde dépassé. Click To Tweet

Que nenni. J’ose dire et je signe : Il faut apprendre depuis la base à faire des infidélités à l’école. C’est bien l’une des seules déloyautés nécessaires à la survie. C’est aussi le seul point où mon cerveau de première de classe m’a à moitié servie. Je ne sais pas pour les autres premiers, mais malgré mes fortes moyennes, je ne lisais pas tous mes cours, je n’étais pas toujours attentive en classe et je ne faisais pas tous mes exercices. 

Généralement, je lisais en classe ou je bavardais. J’apprenais mes leçons à la veille des devoirs. En réalité, je suis loin de l’élève assidue. Ma plus grande force était ma capacité à ingurgiter toutes sortes de connaissances. Je lisais beaucoup, et bizarrement, c’était ce qui m’aidait le plus : des connaissances venues d’ailleurs, autres que le programme scolaire, une culture générale acquise sur internet ou à la bibliothèque.

Il faut apprendre à faire des infidélités à l’école. Click To Tweet

J’avais souvent 2 années d’avance sur les livres au programme. Je passais mon temps libre avec les Séries C ( Scientifiques ). On me prend pour une personne très littéraire, mais je suis aussi très carrée. Par défi, j’ai fait de la mathématique ma source de points gratuits, faisant taire à jamais ces pauvres manichéens qui supposaient que j’étais en série littéraire parce que j’avais horreur des maths. 

Dès la base, j’ai évité les cases. Si à l’université, je m’étais contentée d’apprendre le droit international et de le vomir sur les feuilles, Irawo ne serait jamais né. Pendant que mes camarades se contentaient de suivre le programme, je cherchais aussi ailleurs. Avoir plusieurs cordes à son arc intellectuel, est impératif surtout dans notre monde actuel. J’ai appris le blogging, le marketing digital, le code, la création de contenu, le montage, et j’en passe : Mais rien de tout cela n’était dans mon programme scolaire en DRI à l’ENAM. J’ai trouvé ma voie en dehors de celle que l’école me montrait. On n’est pas tous obligés de faire autre chose que nos filières d’études mais il est nécessaire d’être suffisamment curieux pour avoir des options. Et il vaut mieux le faire tôt. 

De même, pouvoir garder cette curiosité sert quand on décide d’entreprendre. Pour réaliser quelque chose, il faut aller chercher la connaissance par soi-même. Comme je l’ai dit plus haut, la richesse d’un entrepreneur c’est son parcours, c’est l’Homme qu’il devient par sa quête. 

Imaginez cette situation. Un jour, avec la Team Irawo, on a une idée : Faire un reportage sur les danseurs urbains à Cotonou. Le hic ? On a jamais fait de reportage. On ne sait pas comment les faire. Alors, comment résoudre ce problème ? 

Option 1 : Aller suivre un cours de 2 ans en école de journalisme

Option 2 : Lire un article sur la réalisation de reportage 

Option 3 : Lire un livre sur la réalisation d’un reportage journalistique 

Option 4 : Suivre une vidéo Youtube pour apprendre à tourner un reportage. 

Option 5 : Demander à un professionnel 

Option 6 : Engager un professionnel pour réaliser le reportage. 

À votre avis, qu’avons-nous choisi ? 

5

Bien évidemment, l’option Une était d’office rejetée. Pas le temps nécessaire ni les moyens. La vérité est qu’on a combiné les options 2-4-5 avec un part des options 2 et 6. Yanick Folly était un professionnel dans la Team, donc grâce à cela nous avons pu réaliser le reportage. Je me suis occupée d’apprendre l’écriture pour reportage. Mawunu a appris à faire la voix-off pour les reportages. Jean-Morel a appris comment partager ce type de contenu et moi, comment l’intégrer directement sur le site. 

Mes notes après un cours de Yanick Folly

Nos premiers reportages n’étaient pas parfaits mais nous en avons suffisamment fait pour nous améliorer à chaque fois.  

Apprendre sur le tas exige une capacité à assimiler vite, à puiser dans différentes sources et à réaliser vite pour s’améliorer constamment. Voici le circuit classique : 

Parce que Irawo nous passionnait, plus on avait d’idées, plus on avait la rage de les réaliser. Sortir de l’école pour la vie active exige une discipline intellectuelle, qui n’est plus guidée par les professeurs, les moyennes encore moins la première place. Cette discipline consiste à lire tout ce qui nous tombe sur la main, nous passionne.

Sortir de l’école pour la vie active exige une discipline intellectuelle, qui n’est plus guidée par les professeurs. Click To Tweet

J’ai cessé de lire à cause de la quantité de tâches que Irawo exigeait de moi. Mais à la longue, cela devenait une fausse excuse et je me complaisais dans ma flemme. Le besoin d’upgrade le média, notre devise Upper Echelon m’y a à nouveau obligée. Je me sentais aussi bête qu’un pied; aussi. Podcasts, livres, documentaires, veille, mentor, articles sont mes outils pour conduire Irawo vers sa vision. J’ai créé mon propre programme scolaire, car c’est ce qui va me fournir les connaissances dont j’ai besoin pour atteindre mes objectifs. 

Je recherche toujours ma discipline à travers diverses méthodes. Ce n’est pas une fin mais un processus. Mais ça, c’est une autre histoire pour un autre jour. 


Le syndrome du premier de classe n’est pas un problème. C’est une réalité dont il faut prendre conscience. C’est l’illusion de croire que parce qu’on a été bon en classe, parce qu’on a eu les meilleures moyennes que cela nous arme mieux face au monde réel. 

Dès qu’on prend conscience que cela n’est pas suffisant, que la vie demandera de nous beaucoup plus que de savoir cocher les bonnes cases, et qu’on agit pour s’améliorer; on est mieux paré pour surmonter ce syndrome. Le chemin demande de nous une intelligence autant sociale, émotionnelle, factuelle, créative. Les qualités qui font un premier de classe à savoir le travail bien fait, l’assiduité, l’envie d’apprendre et de comprendre, l’excellence – ne sont pas à laisser de côté. Non. Ils sont à compléter. 

Je suis fière de mon parcours sans faute, car sans lui, je n’aurais jamais obtenu une bourse d’étude. Sans cela, je n’aurais pas eu l’idée de créer IRAWO. Je n’aurais pas pu le financer. Sans cela, je ne serais pas la personne que je suis. 

A vous qui m’avez lue jusqu’ici, j’espère que cet espace bienveillant créé par ces mots, vous motivera à partager vos expériences sans la peur d’être jugé. J’ai écrit cet article, en mettant de côté ma peur d’être jugée, ce qu’en-dira-t-on qui affecte nos pensées, nos actes et même nos êtres. 

  • Ouais, tu veux nous dire que tu es première de classe, on a compris 
  • Tu te crois plus intelligente que nous ? 
  • Encore toi ? 
  • Elle se prend pour qui ? 

Je me prends pour ce que je suis. Ces commentaires, je les ai entendus toute ma vie. Beaucoup de fois, j’ai permis aux gens de me faire culpabiliser d’être comme ça. Je leur ai permis de me faire culpabiliser des complexes que ma nature déclenchait en eux. Il fallait que je m’éteigne, que je me recroqueville sur moi-même pour que ces gens se sentent en sécurité. Je suis pas responsable de leurs émotions. Juste des miennes. Aujourd’hui, j’ai adopté le “Unapologetically Me”. Je ne m’excuse plus d’être qui je suis. 

Je suis Mylène Flicka, et ça c’est mon histoire. 

Ⓒ Journal de bord d’une chasseuse d’Irawo 

Paris, le 21 Mai 2019

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