D’aussi loin que je me rappelle…je n’ai jamais aimé la France. En cette classe de primaire, ou de collège, qu’en sais-je bon Dieu; à cette ou ce camarade dont le nom est aussi flou que mon avenir, je me rappelle cependant la netteté avec laquelle j’ai assuré ce qui suit :

  • Si on me donnait la possibilité de voyager, je ne choisirai pas la France. Je partirai ailleurs.

Et c’est vrai. Mais dans le futur qui a suivi ces mots, les choses ne se sont pas passées comme je me l’imaginais dans ma candeur rebelle. Je n’ai pas vraiment eu le choix, aussi pressée étais-je de m’enfuir, de m’en aller, de respirer, de ne pas étouffer. J’ai pris le premier pays à ma portée…et c’était cette fameuse France.

Je suis la première à faire attention à mes préjugés, à défendre le droit aux premières impressions et à crier au mythe de la Béninoiserie. Lors d’un voyage au Togo, on m’avait demandé :

  • Que pensais-tu du Togo avant de venir ?
  • Rien, avais-je répondu en toute honnêteté

Je ne pensais rien du Togo avant d’y faire mes armes. J’ai aimé le Ghana en y mettant pieds. Le Kenya m’a conquise à la première seconde où je l’ai rencontrée. Mais la France, c’est une toute autre histoire. J’observais ce pays avec défiance, et j’avais toutes les raisons du monde pour cela. La France a un peu tout pris à mon pays, et aux autres pays de la sous-région. La France c’est un peu cet enfant pourri gâté et ignorant qui toise tout le monde de haut, assis sur un piédestal fait de nos labeurs. J’ai beaucoup d’acrimonie, de fiel et de ressentiments et si aujourd’hui, je me décide à prendre les doigts, à les courir sur le clavier pour en parler, c’est pour deux raisons essentielles.

La première c’est que nous sommes le 16 décembre 2018. Il y a 363 jours, j’étais sur le point de m’envoler pour cette fameuse France. On n’oublie jamais la date à laquelle on part. Elle est gravée, marque inscrite dans la chair comme un rappel et une promesse. Dis-moi la tienne et je te donnerai la mienne. 19 Décembre 2017. À savoir ce jour où ma mère m’a dit de ne jamais oublier d’où je venais; le jour où j’ai vu pour la dernière fois le Capitaine, le jour le plus long de ma vie; le jour où Cotonou brillait si fort à en crever les yeux comme pour me dire : Va, petit cœur, je suis là et tu reviendras me trouver. A peu près le jour où mon père m’a dit que je reviendrai le trouver et j’y crois fort. Et je prie très fort pour cela.

Mon ami Archippe et moi, devant le Crowne Plaza Hôtel, au sommet des créateurs de contenus Africains.

La seconde raison c’est parce qu’il y a une semaine de cela, moi qui aurait chanté à qui voulait l’entendre que je n’en avais rien à foutre de la France, moi qui aurait donné pieds et mains pour retourner à Cotonou; j’ai souhaité tellement fort que le ciel s’en est bouché les oreilles : Je veux rentrer à Paris.

Nous étions le Jeudi 6 décembre 2018, un matin aux environs de 06 heures. J’étais assise face à une baie vitrée, ma valise sur le côté et les yeux portés sur l’aéogare d’où le soleil se levait, lancinant comme un appel à l’aide. Et c’est là que j’ai prié, très fort dans le silence, tellement fort que j’ai promis en cet instant là où tout me semblait perdu, que j’accorderai sa chance à la France. Que j’accepterai enfin ce qui m’a tant empêché d’avancer : Je ne vis plus au Bénin. Je vis en France. Que je le veuille ou non.

Ball so hard mothafuckers wanna fine me
That shit cray, that shit cray, that shit cray

C’est drôle, les vœux. C’est drôle, les mots. Un écrivain devrait savoir plus que tout le monde qu’ils portent en eux, la sève des possibilités…et des réalités. Du 3 décembre au 4, j’étais à Nairobi, au Kenya au sommet international des créateurs de contenu Africains. Une apnée salvatrice dans mon quotidien pénible de jeune stagiaire.

Tous ceux qui me suivent sur Instagram savent à quel point je hais de toute la force de mon âme chaque seconde passée dans…cette entreprise dont je ne dis jamais le nom, à ce stage dont je ne parle que pour le maudire. Ce n’est pas que le travail y est dur, ni que les gens là-bas y sont exécrables…c’est juste qu’entre moi et ce lieu, il y a une incompatibilité intenable. C’était soit moi, soit eux. Pour le moment, c’est eux. Et ils me prennaient toute ma joie de vivre, toute mon envie d’exister et même mes mots. Je désirais partir…alors croyez-moi, quand j’ai reçu l’invitation à partir à ce sommet, j’ai ressenti une joie immense. Une délivrance tant attendue, comme si le ciel et la terre me remarquaient à nouveau et qu’à leurs yeux, je méritais une grâce…ou une leçon.

C’est drôle, les vœux. Car dans ce bonheur inespéré, j’en ai fait un, sans y penser, sans y prendre garde. J’en ai fait un.

  • Ah, si seulement je pouvais rester plus longtemps au Kenya. Pourquoi mon séjour est-il aussi court ?

En effet, je devais y aller un lundi et revenir un mercredi. Mon vœu a pourtant été exaucé, pas comme je me l’imaginais mais exaucé quand même.

Les feuilles qui s’éloignent des racines, appartiennent-elles toujours à l’arbre ?

C’est la question que je me posais, une semaine avant mon voyage au Kenya. Il faut dire que mon corps évolue dans les rues de la ville lumière mais que mon cœur lui, se pavanait à Fidjrossè, dans le marché Dantopka et à la lagune de Fifadji. J’avais fait un post Facebook, relayé par tant de monde, qui parlait de ma résistance à ce lieu de supplices qu’ils appellent Paris. Les Français s’imaginent pour la plupart que nous, Africains ( ou étudiants Africains ) sommes tellement ravis de fouler leur sol alors que la réalité est souvent tout autre.

Nous subissons le froid, le racisme, l’hypocrisie, les transports en commun bondés et odorants, les hausses de frais, les condescendances, les incohérences, les ignorances, les approximations et tout ce tralala commun que chaque étranger ici vous racontera comme s’il s’agissait de “votre propre histoire”; nous subissons tout cela pour le but que nous sommes venus chercher ici. Nous vivons ce pays comme un mal nécéssaire, comme un sacrifice de soi à une cause plus grande.

Donc, je me retenais de toutes mes forces de n’éprouver ne serait-ce qu’une once d’attachement à ces maudites rues de Paris. Qu’en ai-je à foutre moi de votre ville Lumière ? Je viens d’une étoile, moi. Bande de loufoques.

  • Oh oh oh, on se calme-là ma petite. Ne laisse pas tes émotions dépasser ta pensée.

Je vis Paris comme un business. Je viens prendre ma connaissance, je me tire. Un point, c’est tout. No pity, no love. Je m’en fous de “la France, tu l’aimes ou tu la quittes“. Quand vous veniez dans nos pays nous piller, qu’aviez-vous dans les mains ? De l’amour ? De la pitié ? Oh que non. Vous êtes venus, vous avez pris, vous êtes partis. Il en sera de même pour moi. Votre France, mettez-la…

  • Okay, on se calme à nouveau, ma petite. On avait dit que tu écrirais ce texte pour raconter pourquoi tu as changé de point de vue. 
  • Mais non, je n’ai pas changé de point de vue, moi. #RendezLesBiens 
  • Ouais ouais mais on avait dit…
  • Rien du tout. 
  • Oh si, on avait dit..
  • Que j’accepterai le fait que je vis ici à présent 
  • Voilà. Maintenant tu peux retourner à tes idées. Et plus de dérapages, hein. C’est promis ?
  • J’essaierai…
  • C’est déjà bien. 

Où en étais-je, déjà ? Pardonnez-moi, c’est difficile d’ouvrir la voûte sans laisser transparaître le négatif. C’est ainsi, je n’y peux rien. Je vais vous dire ce que je pense de la France sans politiquement correct et sans gants. Parce que je veux vraiment comprendre, entamer le processus et vraiment guérir, si j’y arrive.

Pour cela, je vais vous dire le fond de la marmite de ma pensée. Ce que je pense sans fards et sans scrupules de cette France, aux allures d’une belle du jour et d’un Dracula dans les nuits sans lune. Je précise, pour les besoins de mon futur flou, que ce sont des préjugés absolument subjectifs sortis tout droit de mon imaginaire et destinés à évoluer vers une pensée plus objective.

 

  • Les Français sont racistes

C’est la première et la plus grande certainement. Je me rappelle ce jour-là, aux Beaux-arts de Paris, où j’avais pété les plombs sévère à cause de certains propos d’Eric Zemmour, que j’ai trouvé insultants et à la limite de tout. Il parlait, me semble-t-il du fait que la France aurait été colonisée dans certaines de ses régions où on trouvait plus de Noirs Africains que de “Français de souche”. J’étais choquée, absolument choquée non seulement parce que c’était faux puisque la colonisation suppose un désir affiché de réduire une civilisation à une autre mais aussi parce que c’était insultant pour nous qui avions vraiment subi la colonisation avec tout ce qu’elle implique ( le déracinement, les morts, les déportations, la perte de toute structure sociale, l’aliénation, les guerres, et j’en passe ). Pourquoi permet-on à des individus chantres de la haine raciale de s’exprimer à la télévision nationale ? Le pire c’est que ce mec joue avec les mots, dit un truc grave, se rétracte au moyen de rhétoriques qui ne trompent personne, insinue et insulte. Alors, c’est ça la France ?

Tous les Français pensent-ils comme lui ? Vous me direz non. Mais alors, si ce n’est pas le cas…pourquoi Eric Zemmour continue de prospérer dans son fonds de commerce ? J’étais si énervée ce soir-là que je pleurais de rage. Dans le métro qui me ramenait chez moi, je n’en avais que faire que ces Français autour entendent ce que je pensais de leur indifférence face aux conséquences des propos de ce monsieur. Quand on sait qu’à Cotonou et dans toutes les capitales africaines, il y a toujours cet endroit où tu es sûr de ne trouver que des Blancs. Il y a toujours ce quartier de Blancs, où tu ne te sens pas chez toi en y allant, et pourtant personne à la télé n’ira crier au communautarisme. Parce que le Bénin et l’Afrique sont ouverts aux “Blancs” quelqu’ils soient, tant qu’ils respectent notre terre. Mais pour quelques hordes d’Africains, la France fait sa vierge effarouchée. Marine Lepen existe parce qu’il y a des gens qui pensent comme elle. Et pardonnez-moi de ne pas croire que la France est innocente quand on l’accuse d’un racisme d’État. Le fait est là. Mais elle ne reconnaîtra jamais. Ce qui m’amène au second point de mes préjugés pas si faux.

  • Les Français sont hypocrites et condescendants

Que dire ? C’est difficile à expliquer. Peut-être est-ce ces bonnes manières apparentes qui troublent le message que même sans radar, on peut percevoir. Je fais une école de commerce et je peux vous dire sans aucun doute que la condescendance y est terrible. J’avais l’impression que parce que je venais d’Afrique, j’étais de ce fait cataloguée. Tu sens dans les propos et réactions que cette provenance est un “a-priori” qui fait qu’on décrédibilise d’office ce que tu dis. Comme si ce que je savais et disais n’avait pas autant de valeur dès lors que “je venais d’Afrique”. Même avec mon boss au travail, même si c’est un personnage très charmant, je sens une hypocrisie sans nom. Je sens…qu’on ne me dit pas tout. Qu’on me sourit et que dans mon dos, qu’on médit de moi.

Les gens diront que je me victimise. Puisque c’est l’actuelle belle excuse que tous les racistes utilisent pour contrer toute critique sur le système et décrédibiliser toute parole…

Peut-être n’est-ce qu’une impression, une paranoïa. Raison pour laquelle je reste dans le subjectif, mais j’ai longtemps cru que j’étais folle, que j’exagérais. Mais il m’a fallu échanger avec plusieurs autres personnes pour comprendre que je ne débloquais pas. J’ai dit un jour à mon prof que j’avais fait un TedTalk. S’il avait pu rigoler, il l’aurait fait. Clairement, ça se voyait qu’il ne me croyait pas. Ou encore quand j’ai dit à mon boss que j’allais au Kenya, je voyais bien dans son regard à la question qu’il m’a posée, qu’il ne me croyait pas. Est-ce moi qui ait des blocages ? Est-ce que je me fais des idées ? Je ne saurais vous le dire. Le fait est que je ne suis généralement pas à l’aise en sa présence. Je ne suis pas du tout détendue parce que je me sens scrutée en permanence.

  • La jeunesse Française est endormie et sans ambitions

Je n’ai pas eu encore le “privilège” d’avoir des amis “jeunes” Blancs. C’est une espèce qui vit en rangs serrés, selon les classes sociales et les atomes. Comment leur en vouloir ? La société est bâtie sur cela. Et à vrai dire, je ne recherche ni des amis au Bénin, ni en France. Non. Disons que j’observe et je compare les deux jeunesses que j’ai pu voir. Celle de l’Afrique et celle du Bénin. Étant dans le domaine des talents, des effervescences où je recueille et raconte les histoires des jeunes Africains qui changent le continent, je m’autorise à regarder autour de moi, ici et à me demander ce que fait la jeunesse Française, quelles sont ses ambitions, qu’est-ce qui l’anime, de quoi rêve-t-elle, prend t-elle conscience de ce qui l’entoure ?

Force est de constater que non. J’ai l’impression qu’ils sont endormis. Une fois, en classe, un de mes profs a demandé ce que nous voulions faire après notre master. Intriguée, j’ai écouté les réponses de mes camarades. Ils rêvaient tous de trouver une bonne petite entreprise, de finir en CDI avec au moins 2500 euros pour vivre par mois. Ah ouais…J’étais bien loin des “Je veux changer le monde”, “Je veux faire ci ou ça”. C’est un autre monde ici. Ici, bien évidemment, la jeunesse ne fait pas face à des défis comme la nôtre. Leur monde est déjà tout bien construit.

Et pour la plupart, ils ne savent même pas ce que trament leurs gouvernements dans nos pays. Je discutais du CFA avec une jeune femme la dernière fois. Elle n’en a JAMAIS entendu parler. JAMAIS. Elle ne sait pas ce que c’est une monnaie arrimée à l’EURO, liée au trésor français. C’est comme s’ils vivaient sur un îlot éloigné du reste du monde, où on ne leur a appris qu’à voir les États-Unis et l’Europe. Mais sur le reste du monde, ils sont très souvent ignorants. Très ignorants. Ils n’ont que leurs préjugés comme toute connaissance. Ils sont sur leurs derniers iPhone, sur TikTok ou Snapchat, incultes à la vie politique de chez eux. Leurs parents nous demandent de “rentrer chez nous en Afrique”.

Certains se réunissent dans “Génération identitaire” et invitent les “migrants” à “re-immigrer” vers leurs Afriques en “Soucoupes volantes”. Et pourtant, juste leur téléphone portable n’existerait pas sans l’Afrique qui le pourvoit. Dans les métros croupissent des familles syriennes qui mendient le pain. Est-ce qu’ils se sont jamais demandé pourquoi ces familles là sont là ? Qu’est-ce qui cause cela ? Non. Bof. Ça passe. Les jeunes Français n’ont pas idée de la quantité de privilèges dont ils bénéficient et  du fait que ces privilèges sont pour la plupart obtenus dans le sang des Africains. Ils ne le savent pas, et ne cherchent pas à savoir. Il n’y a pas un effort de curiosité pour découvrir. Ils sont entre eux. Et c’est tout.

Et peut-être le suis-je aussi quand je ne vois qu’à travers ma perception très partielle de leur monde. Mais en réalité depuis que je suis ici, je n’ai pas rencontré un seul jeune Français qui m’ait donné envie de dire “Waouh, ils existent”. Je devrais peut-être sortir plus. Mais je ne demande que ça.

  • Les Parisiens sont froids et indifférents

Alors, ça c’est plutôt évident. Ça fait un an, entrecoupé de voyages ( Merci Seigneur ) que je vis ici et les seules fois où j’ai vu de l’humanité, c’était des étrangers qui l’exprimaient. J’ai été choquée de voir comment des milliers de gens vivent sous le froid, y meurent même dans l’indifférence la plus complète. Ces personnes sont devenues des détails du paysage. On ne les voit pas. Dans les métros, ils entrent parfois raconter leurs histoires, quémander une clope ou une pièce. Quand quelqu’un se suicide sur les lignes, j’entends les gens ronchonner :

  • Ouais mais, va le faire ailleurs. Pas quand on doit aller au travail, nous.
  • Oh, tout le monde a des malaises maintenant pour tout et pour rien.

C’est une grande ville me direz-vous. C’est normal, pour vous. Mais pour moi, ça ne l’est pas. Les Parisiens sont des mort-vivants. Ils sont stressés, en permanence. Un voile de froid couvre leurs cœurs. Savent-ils même rire ? J’exagère. Mais pour ma défense, je viens d’un pays où les gens sont beaucoup plus humains. Et ça m’étonne de voir certaines choses. Humainement, c’est intenable. J’entends d’ici les “On ne peut pas accueillir toute la misère du monde”. Okay, mais veillez à ne pas la provoquer.

Dans un article, le chef du bureau de Paris du New York Times disait : « Paris est la plus belle ville du monde mais les Parisiens savent au fond d’eux-mêmes qu’ils vivent dans un îlot de richesse plutôt guindé et bourgeois, entouré d’une rocade ou Périphérique, qui est une sorte de Mur de Berlin ou mur de ghetto ».

Avant de comprendre, quand on me demandait où je vivais, je disais souvent “Paris”. J’ai fini par comprendre que là où je vis, ça s’appelle la Banlieue ou plus exactement “Les Autres”. Car ceux qui vivent vraiment à Paris ont un niveau de vie plus élevé que le mien. Je ne comprends mieux les concepts de classe sociale et de stratification qu’ici. Je vis en Banlieue…mais le sens péjoratif qui y est accolé, je ne l’ai appris que plus tard.


J’ai tellement de choses à dire…Des préjugés et des expériences qui n’en sont pas, j’en ai à la pelle. J’écris ce texte surtout pour les sortir de moi et les examiner d’un peu plus près. Mais aussi comme je l’avais dit plus haut…parce que durant mon séjour au Kenya, quelque chose s’est passé.

Mon vol retour était prévu pour le Mercredi 5 au soir. Et je l’ai raté. En raison d’un malentendu et aussi parce que durant mon voyage, mon visa s’était expiré, je me suis vue refuser l’accès à l’avion. On m’avait opposé une fin de non-recevoir et pour toute solution : Rentrer à Cotonou, refaire une autre demande de visa avant de rentrer en France. J’étais absolument perdue. Effondrée.

Je ne savais pas qui appeler ni quoi faire. Je voulais bien rentrer au Bénin, c’est mon vœu le plus cher mais pas dans ces conditions. J’imaginais ma mère tomber des nues en me voyant revenir sans prévenir. J’étais perdue. L’agent de la compagnie aérienne m’a suggérée de partir à l’ambassade de France à Nairobi. Je lui ai dit que je n’avais aucun espoir, que parce que j’étais Noire et pas Française, que je savais exactement comment ils réagiraient. Mais j’avais tort. Absolument tort.

J’ai dormi à l’aéroport pour la première fois de toute mon existence. Bizarrement, à force d’avoir pleuré, mon sommeil fut profond. Je me suis réveillée plus calme. Je n’avais pas de carte sim Kenyanne. J’étais un peu bloquée à l’aéroport car si je bougeais je perdais le WIFI. C’est là qu’au lever du soleil, devant cette baie vitrée, j’ai fait mon vœu. Celui par lequel j’ai entamé mon processus.

Jamais je n’ai eu autant envie de rentrer à Paris. J’avais beau haïr cette putain de ville et le fait qu’elle me retenait loin de ma belle Afrique. Mais la vérité était que j’avais de la chance de vivre ici, en France. “Chance” Oui. Je le maintiens. C’est un privilège qui n’est pas donné à tous. Pas dans le sens où la France m’a fait “l’honneur” de m’accueillir mais dans le sens où j’avais la “possibilité réelle” d’y vivre. Pour cette possibilité-là, des gens meurent dans l’Atlantique. J’ai réalisé que j’ai décidé d’aller en France par moi-même. Personne ne m’y a forcée. J’ai “voulu” y aller parce que quelque chose s’y trouvait et je voulais de cette chose. J’ai réalisé le privilège que j’avais de vivre là-bas. Quoique je pense de ces Français, j’étais quand même dans leur pays. J’ai réalisé quelque chose d’encore plus évident. Toute ma vie était en France désormais. Mes papiers, mon lit, mon chéri, mes études, mes livres. Tout était là-bas.

  • Seigneur, faites que je rentre à Paris pour lundi. Je vous promets de commencer à donner sa chance à ce pays, à oublier mes préjugés et à avancer. Je vous en prie. Je veux rentrer à Paris.

Mon ami Archippe, grâce à lui, j’ai pu rejoindre l’ambassade de France. Il s’est démené tel un fou, brandissant son passeport bordeaux pour faire venir à tout prix le chef des Visas, à qui il a expliqué ma situation. Je n’y croyais absolument pas et pourtant j’ai prié si fort. On avait une chance sur 100 de réussir. Et on a réussi. Ou plutôt, j’ai eu une grâce immense d’avoir rencontré des belles âmes qui m’ont aidée. Abigail à l’aéroport de Nairobi à mon arrivée, que j’ai accostée parce que sans moyens de joindre mon hôtel et qui m’a appelée un taxi. Robert, le chauffeur qui m’a appris mes premiers mots en Swahili et m’a ramené mon téléphone que j’avais oublié dans sa voiture. Will, qui m’a vue sortir de l’aéroport après mon vol raté, qui a vu ma mine déconfite et en écoutant mon histoire m’a dit de ne pas désespérer qu’on ne savait jamais. C’est lui qui donné du regain tant j’étais abattue ce Jeudi matin après mon vol raté. Il m’a appelé un taxi et fait un bon prix malgré les embouteillages monstres.

Sam Sam, le taxi qu’il m’a appelé, qui m’a écoutée et m’a dit de commencer à penser solutions. Je lui ai dit “Non, Sam Sam, je ne sais même pas si l’ambassade va me donner un laisser-passer ou un papier pour que je puisse voyager. Comment veux-tu que je pense à la suite ?”. Sam Sam m’a dit “Appelle l’agence de voyage et prends les renseignements sur le prix pour changer la date du vol. Sois prête à toutes les éventualités. Tu pourras savoir comment tu devras payer pour cela“.

C’est grâce à Sam Sam que j’ai commencé à bosser pour mon retour. Il m’a conduit à l’hôtel où Archippe m’attendait pour qu’on aille à l’ambassade. Et enfin…le Monsieur de l’ambassade, pour qui j’ai prié depuis que je suis rentrée, parce qu’il m’a cru et m’a donné une autre chance. Grâce à Monsieur, je n’ai pas eu à rentrer à Cotonou pour refaire une autre demande de visa. Exceptionnellement, au vu de ma situation, j’ai refait une demande de visa à Nairobi, fourni tous les papiers dès Jeudi 15h. Il m’a dit :

  • Ce qui est sûr, c’est que vous ne voyagerez pas ce soir.
  • Je sais et je vous remercie déjà de prendre mon dossier
  • Dans l’idéal, je vous appelle Lundi. Je ne suis pas sûr de vous appeler demain, vendredi
  • Vous m’appellerez demain. J’y crois.

J’y croyais. En effet, il m’a appelée le lendemain. L’aventure est bien plus longue et les tracasseries n’ont pas cessé jusqu’à ce que je me rende à l’aéroport le soir du Vendredi, grâce à Wendy que j’ai rencontré au sommet et qui m’a logée, nourrie, et réconfortée comme une Dada tombée du ciel.

Wendy et moi <3 Miss her

Mes voeux ont été exaucés. J’ai passé plus de temps à Nairobi et je suis rentrée à Paris, décidé à en finir avec mes griefs contre cette cité. J’ai esquissé un pas de danse en voyant “Paris vous aime“. Je suis la fille qui n’aimait pas Paris et pourtant, j’ai souhaité de toutes mes forces y revenir. Je ne vais pas vous mentir dans un discours grisant, en vous disant que je l’aimais désormais. Non, je ne veux pas mentir. Mais je me suis fait la promesse, grâce à ce Monsieur à l’ambassade qui m’a aidée, de mettre de côté mes préjugés et de me décider à faire le chemin.

Je donne sa chance à la France de me surprendre. C’est notre nouveau départ, à tous les deux.

 

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