Comment faire pour mieux aider les jeunes talents Africains ?

Je me pose tant de questions sur l’action de Irawo, sur les voies et moyens plus efficients pour obtenir le résultat que nous cherchons : plus de visibilité pour les talents et plus de modèles pour les jeunes.

Je sais que ça vous saoule parfois de recevoir tout le temps des invitations à aller lire, tel ou tel article. Je sens également un pincement de cœur à voir comment (ne) réagissent (pas) les gens devant des projets interessants portés par des jeunes. Parfois, c’est frustrant de voir l’énergie qu’on met à propulser du contenu futile au détriment du travail réfléchi, de l’investissement.

Il y a quelques semaines, j’ai vu passer beaucoup de publications de talents de la musique, du show-business et du graphisme qui dénonçaient cet état de fait.

Jusqu’à quel point soutenons-nous les jeunes talents ?

Vous savez, pour moi, il y a 4 strates :

– La cellule familiale et comment elle repère très tôt le talent et met à la disposition de l’enfant ce dont il a besoin pour réussir. Chez nous, soit on te dit de retourner à tes cahiers, soit on t’impose une filière mais rarement on t’aide à valoriser ton talent. Nous connaissons tous la légende de ces parents qui sont en mesure de payer des millions pour envoyer leurs gosses à l’extérieur mais incapables de croire en leur projet en leur donnant 1F. Les jeunes qui ont quitté la maison familiale faute de soutien à leurs rêves sont légion.

– La société : À Irawo, chaque fois qu’on interviewe des jeunes talents, on entend les mêmes propos sur les préjugés envers l’art. Comment les gens les traitent de délinquants, de drogués juste parce qu’ils dansent ou font des graffitis. Et même, les potes avec qui tu fais les 400 coups, qui juste parce qu’ils te voient dans les mêmes bails qu’eux ne te soutiendront pas de la même manière qu’ils vont soutenir quelqu’un qu’ils ne connaissent pas. Le fait que quand tu es jeune, on te parle mal, on te traite mal, on ne te laisse même pas parfois faire tes preuves. Pour eux, tu seras toujours le petit qui s’amuse. La condescendance est une terrible chose.

– L’État et comment il crée les conditions propices à l’éclosion des talents, à leur survie dans l’environnement juridique, comment on donne aux jeunes les moyens de s’en sortir. Je suis choquée par exemple qu’il n’y ait pas plus d’endroits pour développer les initiatives des jeunes. A Cotonou, quand tu veux faire un projet, à part les restaurants, tu vas où ? À la place des martyrs ? Allez là bas à 16h, un samedi, vous verrez que cette place tient en vie la jeunesse béninoise. Tellement c’est l’un des rares endroits où les jeunes peuvent vivre leurs arts.

– Les médias. Irawo est une révolution et un pied de nez à tous ces médias qui n’ont jamais pris au sérieux les jeunes. Ce qui m’avait revolté à l’époque c’était le manque de représentation des jeunes à la télé et le traitement que font les journalistes de ces sujets. Limite, tu sens que le gars se moque de ce que tu fais. Pour lui, tu es un jeune qui s’amuse pas un talent en pleine évolution. Quand tu regardes la télé, combien d’émissions valorisantes y-a-t-il sur les jeunes ? Combien d’initiatives de jeunes vois-tu passer ? À qui donne-t-on souvent la parole ? Les médias ont un rôle d’amplification et de valorisation de la jeunesse. Si nos médias ne nous prennent pas au sérieux, si on doit toujours attendre qu’un France 24 ou qu’un RFI plébiscite nos jeunes avant de les soutenir, quand allons-nous y arriver ?

Aujourd’hui, on parle beaucoup de l’importance de prendre les rênes de notre narration : quelle considération donnons-nous aux médias africains ? Le stamp occidental reste toujours très fort dans nos esprits. Le contenu d’un media africain est souvent moins relayé que celui d’un media occidental. Pourquoi ? à cause de tous ces biais cognitifs qui nous poussent à estimer que ce qui vient d’un media d’ici n’est pas valable tant qu’un media occidental n’a pas confirmé. Bien vrai, ces médias ont une plus large audience mais admettons ceci : ne se sont-ils pas construits eux-aussi ? Quand construisons-nous nos médias ? C’est donc à nous de donner de la force à nos propres médias afin qu’ils deviennent aussi forts que ceux des autres. C’est crucial.

Le chantier sur lequel travaille Irawo est donc un grand chantier.

Le travail est vaste et demande la participation de tout le monde. Par exemple, je n’avais jamais compris pourquoi les Africains de la diaspora ( qui forment une grande masse de notre audience ) étaient aussi attachés à Irawo. C’est ici en France, que j’ai compris. J’ai remarqué que les gens d’ici sont juste remplis de préjugés par rapport à l’Afrique. Comme ce gars qui m’a demandé s’il y avait la mer à CTN, vous vous rendez compte de l’étendue de son ignorance ? Et comment régler ça ? En leur montrant la réalité. C’est avec un contenu vrai et positif sur l’Afrique qu’on déconstruit ces préjugés. Aucun media occidental ne le fera mieux que nous. Et on n’a pas intérêt à les laisser raconter comment nous vivons, quels sont nos défis et nos challenges : la narration sera presque toujours biaisée en raison de leurs propres perceptions.

Je n’imagine pas le nombre de jeunes qui font du sale et sont reconnus dans le monde mais pas dans leurs propres pays . Ce n’est pas normal. La disparition de Nabile Quenum m’a également beaucoup affectée. Très affectée. Quand je pense à tous les jeunes africains qui auraient pu être inspirés par son parcours ( ce sentiment est inestimable et non quantifiable ) de son vivant mais qui ne l’ont connu qu’à sa mort. J’en faisais partie. Quand j’ai appris la nouvelle, je voulais écrire un article pour dénoncer le manque de visibilité de nos talents mais je me suis rendue compte que ce n’était pas la meilleure solution : j’aurais créé de la haine, des débats, une chasse aux sorcières qui n’aurait rien changé. Alors j‘ai tout simplement écrit son histoire et des milliers de personnes l’ont lu et l’ont connu.

Irawo continuera à faire son boulot et grâce à vous, une chose est certaine, notre audience grandit. Si vous voulez rejoindre la Team écrivez-nous sur Irawo : Vous allez nous aider à dénicher les talents, à écrire leur histoire, à produire du contenu autour des initiatives inspirantes du continent. C’est beaucoup de stress mais le résultat en vaut toujours la peine.

À vous qui avez des amis qui essaient de s’en sortir, écrivez-nous : que cela soit votre premier réflexe : écrivez à Irawo pour nous parler de votre ami. Nous on va aller suivre son travail et en parler. C’est notre travail !

À vous parents, ouvrez votre esprit aux potentiels de vos enfants. On peut réussir sa vie sans entrer dans les canons que vous imposez. Donnez la chance à vos enfants de trouver leur propre chemin. Vous imaginez tous les talents qui auraient pu rayonner si on ne les avait pas éteints à force de poncifs ?

Et vous, chers gouvernements, au lieu de museler la parole, délivrez le talent. Que les initiatives que vous promouvez soient sélectionnés sur les principes du mérite et non du piston. Donnez de la valeur et faites confiance aux jeunes. Créez des espaces d’émulation et d’éclosion du talent. Bref, on y reviendra.

Chers gouvernements, au lieu de museler la parole, délivrez le talent.

Chers jeunes talents, je sais à quel point le hustle est éprouvant mais tant que vous visez l’excellence, Irawo sera toujours là pour parler de votre talent. Nous, notre mission c’est de vous donner la tape dans le dos qui va vous motiver à faire plus. Et nous inspirons des centaines de milliers de gens partout dans le monde à travers votre histoire. Apprenez à communiquer sur votre travail, ne pensez pas que parce que vous êtes jeunes, votre travail n’a pas de la valeur. Ne vous piétinez pas de honte parce que la lumière que vous portez est faite pour le ciel.

Enfin, si vous avez des idées sur comment on pourrait améliorer le travail de Irawo, des avis, des remarques : on prend tout. On n’attend que ça : faire toujours mieux. #UpperEchelon on a dit.

Enfin, bref, ( 😂), j’ai écrit comme ça y a longtemps mais c’est vous dire tout ce que j’ai cogité depuis des semaines. Nous avons TOUS notre rôle à jouer dans la promotion des talents.

Je vais mettre une photo pour vous motiver à lire ce texte. ( Mais bon, seuls ceux qui ont lu jusqu’à la fin sauront pourquoi )

Force et courage à nous tous. Je retourne sous mon radiateur.

Fifa,
Depuis un frigo.

📸 Florent Banissa, Lomé, Togo,

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