J’aurais pu titrer pire. J’aurais pu titrer merde.

Je ne suis pas un modèle, ni un leader ni quoi que ce soit qui s’y rapporte. L’une des discussions les plus courantes que j’ai avec des jeunes comme moi qui m’écrivent, c’est :

  • Comment tu as fait pour être aussi suivie ?
  • Comment tu as fait pour être connue ?
  • Comment faire pour inspirer les gens ?

La vérité c’est qu’au grand jamais je n’ai désiré être un modèle, ni être connue, ni inspirer qui que ce soit. Je ne sais généralement pas quoi répondre à ces messages. Parce que mon esprit me fait penser au cheminement qui a amené mes interlocuteurs à cette formulation. Un cheminement biaisé et faussé dès le départ.

Beaucoup de jeunes sont attirés par l’idée de la popularité, de conduire ou encore celle d’être le soleil vers lequel se tournent les regards. Ces signes ostentatoires sont analysés comme des symboles de réussite personnelle, d’accomplissement ultime. Mais en réalité, ils ne sont que des conséquences ( positives ou négatives selon ) d’un travail acharné.

Le terme de “Leader” a longuement été galvaudé auprès de la jeunesse au point de lui faire perdre de vue l’essentiel : Le travail. Être un leader n’est pas un accomplissement, c’est une responsabilité. Je ne parlerai pas personnellement de l’irritation suprême que me donne ce terme. Pire, j’ai de l’urticaire presque à chaque fois que je l’entends. On en est arrivés à des singeries de ce qu’est un leader : je ne compte pas le nombre de jeunes, en costume cravate dans les poses fixes sur les photos, qui se mettent en scène ou qui prennent un ton inspirationnel pour tout et rien, qui dégagent tant d’affectation et un manque d’authenticité à en rendre malade un comédien. Ce qu’ils ne savent pas c’est que les gens les crament. Quand on est faux, ça se sent. Quand on est vrai, ça ne se réclame pas. Je le dis toujours : celui qui est sûr de son pouvoir ne le clame pas.

Être un leader n'est pas un accomplissement c'est une responsabilité. Click To Tweet

Ce visuel a été réalisé par un abonné de Irawo, Olafèmi, qui a passé la nuit armé d’un bic et d’une feuille à lire les histoires des Irawos. La citation a été tirée de l’histoire du premier Irawo, Jowël Maestro,

Ce matin, en me réveillant, j’ai vu ses tweets qui tombaient à pic. Et surtout ces mots que j’avais écrit 4 ans auparavant et qui sont toujours inscrits dans mon cœur.

Je n’ai jamais cherché à être un modèle. Je voulais juste écrire, réaliser mes rêves et donner envie aux gens d’oser, à travers les histoires d’autres jeunes. J’ai essayé autant que possible de me mettre en retrait pour valoriser et promouvoir le travail et la vie des Irawos. Parce qu’ils m’inspiraient déjà personnellement, j’écrivais leurs histoires pour qu’elles inspirent le monde. Les Irawos sont mes modèles. Être un Irawo est un idéal que je poursuis également non pas dans le but égoïste d’inspirer des gens mais dans le but d’accomplir comme eux quelque chose pour ma communauté.

J’ai fait cette vidéo et écrit cet article sur Irawo, justement pour recentrer le débat et concentrer les gens sur l’essentiel. Don’t be a leader. Be a Domino. Un Domino fait son taf. Il tombe, il met la main à la patte et en faisant cela, il inspire les autres à faire pareil. Les Irawos sont l’illustration même du principe du Domino.

C’est donc dans cette veine que je refuse à quiconque de m’attribuer le terme “Irawo”. Avoir créé ce terme, ce label, cette consécration ne fait pas de moi une Irawo. J’aspire à être une. Mais je ne m’en sens pas encore digne. Et surtout je ne veux pas ressembler à cette génération d’aînés narcissiques qui finissent par se noyer dans la rivière de leur ego. Et je suis plutôt directe quand je le dis : je ne suis pas modeste. Ce n’est pas un effet de fausse modestie. C’est un réalisme mordant et dur que je m’applique au jour le jour pour garder les pieds sur terres. J’ai déjà une grosse tête, je ne vais donc pas en rajouter.

Je ne suis pas un modèle. Parce que je ne veux surtout pas de cette auréole bonifiante qu’attachent généralement les gens à ceux qu’ils considèrent comme modèle. Je suis une fille parfois très autoritaire, dont la franchise peut sembler cruelle, qui est capable d’envoyer tout valser pour ses plaisirs égoïstes. Je m’avoue mes défauts et mes cadavres dans le placard. On pourrait vous raconter des histoires sur moi qui vous feront froid dans le dos. Je m’assume incomplète et imparfaite parce que c’est en cela que la vie est trépidante. Je travaille à devenir meilleure. Et à rester moi en tout temps.

Je ne veux pas être célèbre. Qu’est-ce que ça m’apporte ? J’ai un petit goût de ce que ça peut donner. Comme devoir renoncer à des parcelles entières de vie privée. Comme devoir rendre des comptes à des inconnus sur ce qu’on fait ou pas. Comme être harcelé, se faire poursuivre par des quidams dans la rue. Lutter toujours pour garder un peu de soi.

La popularité, inspirer les autres, être un leader ou un modèle sont des conséquences. Elles font partie d’un lot de conséquences qui surviennent quand on poursuit un objectif. En faire des buts, c’est construire sa vie sur du sable. C’est accepter que le vent et la vie soufflent dessus et les emportent comme duvet. Ne recherchez pas ces choses, elles sont éphèmères. Un jour. on t’aime. Un jour, on t’ignore. C’est le cycle de la vie. 🤷🏾‍♀️

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Autre chose, ne déifiez pas les gens. Ne les mettez pas sur un piédestal divin, il n’y a qu’à Dieu qu’on ne reconnaît pas des défauts et encore. Petit bémol cependant : Les défauts de quelqu’un, selon, ne devraient pas vous empêcher de l’admirer ou d’être inspiré par lui. Au final, dans nos lits, quand nous ronflons, quand nous dormons, nous sommes tous humains.

Pourquoi tu cherches à devenir un leader ? Pour servir ta communauté ou pour recevoir des laudes ? Si c’est pour servir ta communauté, alors cherches juste à servir ta communauté. C’est ça le véritable objectif. Garde tes yeux fixés sur la route pas sur les périphéries.

 

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