A propos

Tout a commencé quand j’avais 9 ans

Je suis censée écrire une biographie, je prends le je, au lieu du “Elle”. N’est-ce pas compliqué de parler de soi à la 3ème personne ? N’est-ce pas compliqué de parler de soi tout court ?

Donc, tout a commencé quand j’avais 9 ans. Je suis tombée sur un vieillard dans une bibliothèque. Quelle étrange tautologie. Et pourtant, je suis tombée dans les livres à cet âge puis dans l’écriture à l’âge suivant. Classique. Depuis ce moment, je m’exerce aussi à devenir un vieillard dans une bibliothèque. Mais j’ai encore du temps, me dit-on.

À 15 ans, j’ai obtenu mon baccalauréat, emballé mon sac et quitté ma chambre de petite fille pour ma chambre d’étudiante, loin de mes parents qui habitaient à deux villes de mon université. Dans ma chambre d’étudiante, ennuyée par la diplomatie et les relations internationales, j’écrivais. Cette fois sur un blog. Mon premier et pas le dernier. myleneflicka.wordpress.com 

Je me suis fait connaître peu à peu sous ce pseudo devenu nouvelle peau, Mylène Flicka. Ma mère vous dira qu’elle n’a pas mis au monde une fille de ce nom. Mon père m’a fait asseoir un jour et m’a demandé :

  • Alors, Fifamè Marie-Madeleine, d’où vient cette Mylène Flicka ?

Donc, tout a commencé quand j’avais 17 ans. Quand dans mes lettres, j’ai puisé la sève des convictions. Sur mon blog, j’ai parlé féminisme, politique, médias et histoires. En 2015, un article explose mes stats. C’était un droit de réponse d’une jeune fille à un fils de femme. Ah ouais, ça veut dire quoi Flicka ? Libre, téméraire et parfois casse-couilles. En suédois, tout ça.

Donc tout a commencé par cet article qui m’a mis au soleil, pendant que moi, je rêvais d’étoiles. À 18 ans, j’en ai marre. Je ne veux plus bloguer, je ne veux plus écrire et pour cause. Je traine mes fesses dans un stage qui me tue. Au Ministère des affaires étrangères, je prends conscience que ma place est ailleurs. Que je ne veux pas de ça, que je ne veux surtout pas de ça. Je lis Nietzsche, je revis. Je rencontre Marie-Cécile et je me décide. De toute façon, j’ai mon diplôme en poche. Maintenant, je veux chercher, fouiller et chasser tous les jeunes comme moi, qui ont compris qu’une route toute tracée n’est pas forcément la meilleure idée qui soit. Entre temps, je fais des concours d’écriture. Je deviens auteure, primée aux Plumes Dorées. Tout ça dans une même année ? Oui. 2015. Mon âge d’or, 18 ans.

Ⓒ Antoine Doyen

Donc tout a commencé quand j’avais 18 ans ? Oui, je crois bien. En tout cas, Irawo est né en ce moment. Novembre 2015. Je reviens au clavier, après une pause et une gueule de bois. Je sais ce que je veux faire. Papa, Maman, laissez-moi faire mon chemin. Ils disent oui. D’accord. Mais tu trouves un stage en attendant ? J’ai mieux, fis-je. Je veux raconter les histoires des talents africains et inspirer le monde par celles-ci. Alors, Irawo est né. Un média aujourd’hui reconnu comme l’un des plus innovants et des plus performants en Afrique. Dire qu’il est parti d’une petite morveuse qui ne voulait pas retourner en stage faire des photocopies. Je rigole. Ou pas.

En 2 ans, avec une équipe de 3 devenus 15, j’ai vécu la plus belle des aventures, de celles qui redonnent espoir à des générations entières. Irawo a touché près de 700 000 personnes à travers le monde, a permis de révéler des centaines de talents, pas si cachés que ça mais qui n’avaient jamais trouvé leur place dans les médias traditionnels. Juste avec Internet, un clavier et un désir, la TeamIrawo a écrit les histoires. Les histoires des talents d’Afrique.

Je voulais juste écrire, moi aussi. Mais l’écriture était le prétexte de mon destin.

Le Monde, Le Temps, Jeune Afrique, Grazia France, parlent de mon histoire. La Béninoise qui veut révéler les talents d’Afrique. D’écrivain, je devins rédac-chef, consultante en stratégie digitale, marketing et nouveaux médias. Je conseille des marques. Je collabore avec des organisations telles UNICEF, Salon du livre de Genève, Canal +, Sèmè City et même la Banque Mondiale qui sollicite mon opinion sur l’Afrique de 2030. Je fais un TedTalk et je me la joue Emcee à des événements de renom. Je donne des formations sur le digital à plus de 1500 personnes. Je suis invitée à des panels, conférences pour partager mon expérience. Enfin, bref.

3 ans sont passés. Irawo change des vies. On construit une génération inédite de jeunes africains armés pour changer le monde. En Décembre 2017, j’étouffe, je veux changer d’air. Je monte dans un avion. Je vais en France, j’atterris dans un master E-Business. Je veux apprendre plus, continuer à apprendre pour ne pas finir asphyxiée. Entre temps, Irawo est nommé dans la catégorie “Jeunes Talents” aux ADICOMS DAYS, le rendez-vous des influenceurs africains. Okay, pas mal.

Juin 2018, que se passe t-il ? Je suis de retour au Bénin. Année de pérégrinations. J’ai à peine validé mon master mais je dois y aller. J’obtiens une bourse Mandela pour les États-Unis. Pour l’obtenir, il faut avoir entre 25 et 35 ans. J’ai 21 ans. C’est exceptionnel. Alors, j’y vais. Chicago, Université de Notre Dame, étudier le Business et l’entrepreneuriat. Entre temps, je reprends mon blog, je réécris l’à-propos. Comment faire une bio ? Je piétine, je ne sais pas quoi dire ni comment la commencer. Alors, je prends le mot, j’écris.

Parce que, vous savez, tout a commencé par l’Écriture.

Mylène Flicka


Un truc à me dire ?